Introduction

Introduction

Fondée à la fin du 4e millénaire, Coptos est située à la croisée de la vallée du Nil et du Ouadi Hammamat, l’une des principales vallées reliant le Nil égyptien à la mer Rouge et desservant des mines et carrières de minéraux recherchés. Doté en outre d’un bassin agricole étendu et fertile, ce grand port fluvial est resté un pôle urbain majeur de Haute-Égypte durant plus de 4000 ans, avant de décliner à partir du IX siècle de n.è. Cette longue et brillante histoire avait produit un patrimoine archéologique exceptionnel, dont bien peu de traces restent visibles aujourd'hui.

En effet, dès le début du 18e s., les objets de Coptos trouvés par des fouilleurs locaux ont commencé à quitter le site pour enrichir des collections occidentales[1]. Le phénomène n'a fait que s'accentuer, en particulier au cours du siècle suivant, et Gaston Maspero pouvait écrire en 1885 :

" Les ruines sont une mine inépuisable pour les fellahs du voisinage : figurines en bronze ou en terre cuite, intailles antiques, ustensiles de ménage, vases sacrés, la moitié au moins des objets que les voyageurs achètent à Louxor proviennent de Kouft… C'est déjà par centaines qu'on évalue les stèles grecques ou égyptiennes, les statuettes, les objets de tout genre que les ruines de Coptos ont rendus au Musée"[2].

C'est la richesse et la dispersion de ces témoignages archéologiques qui ont conduit à la création de cette base en 2011, en premier lieu dans un souci de mieux contextualiser les monuments encore visibles sur place et les artefacts mis au jour par la Mission française de Coptos[3]. Elle a pour but de recenser les objets provenant de Coptos, désormais conservés hors du site, afin de mettre en lumière les découvertes, études ou problématiques attachées à ce site. Il s'agissait de rassembler et de donner accès rapidement à la diversité de matériaux qui se trouverait ainsi plus aisément circonscrite pour l’équipe de fouilles.

La richesse des matériaux (re)découverts et le travail d’investigation parfois long, maintes fois recommencé[4], qu'elle nécessite, nous ont convaincue de partager ce collationnement en le publiant en ligne, afin de mutualiser ces recherches et les rendre disponibles. La démarche s’ancre dans la problématique actuelle des humanités numériques au service de la réunion des patrimoines dispersés, telle qu’elle a pu être développée dans les dernières grandes conférences consacrés aux politiques patrimoniales, que ce soit notamment dans le monde des musées ou encore de l’Information et des bibliothèques (IFLA 2016).

Ce travail a ainsi bénéficié des bases de données des collections muséales qui possèdent les principaux fonds coptites, le Musée Égyptien du Caire, Petrie Museum University College London, dont la base de données en ligne fait le lien autant que faire se peut entre les objets et la publication de Petrie), le Musée des Beaux-Arts de Lyon (travail inédit à présent versé dans la base de données du musée, à la faveur de notre projet), le Phoebe A. Hearst Museum of Anthropology à Berkeley.

En outre, les dépouillements bibliographiques ont favorisé la constitution d'une somme de références à des articles et ouvrages cités dans les fiches du catalogue et indexés ensemble sous l'onglet Bibliographie.

Ces dépouillements sont toujours en cours et la base est amenée à être régulièrement corrigée, et enrichie de nouvelles références et partenariats.

Repères

Bref historique des fouilles

Riche en monuments de toutes les époques, le site était déjà largement pillé et ravagé par les fouilleurs clandestins, puis par les sebbakhin, quand y sont arrivés les premiers archéologues. Malgré son énorme potentiel archéologique, et la préservation de l’agglomération antique sur une surface de 1,5 ha, les recherches scientifiques ont été rares à Coptos. En 1893-94, Petrie y a mené une longue campagne centrée sur le temple de Min et Isis. Fondé à la fin de la période Naqada, développé continuement de l'Ancien au Nouvel Empire, ce monument, le noyau de la ville pharaonique, a été encore agrandi sous les Ptolémées, puis de nouveau remanié aux premiers temps de la conquête romaine. En 1910-1911, Adolphe Reinach, associé d’abord à R. Weill, puis à l’architecte Adrien Martinaud, explora d’autres sanctuaires du 1er millénaire au sud du temple principal, dans le secteur appelé Netjery-chemâ. Dans la partie ouest de la ville, des édifices tardo-antiques construits en pierres de réemploi furent signalés. Ainsi une meilleure connaissance de la topographie urbaine se mit-elle en place. Des centaines d'objets furent rapportés par Reinach à Lyon, pour le musée créé par Emile Guimet. Ensuite l’exploration du site a été poursuivie ponctuellement (entre autres par D. Dunham 1923 et G.A. Reisner 1924). Au sud de la ville a été découverte la tombe du vizir Chémaï (8e dynastie ; Labib Habachi 1956, Rabi’ Hamdan 1979-1981, G. Gilbert 2000-02). En pratiquant plusieurs sondages en périphérie du grand temple (S. Herbert, A. Berlin & université d’Assiout, 1987-92), une équipe égypto-américaine a construit un corpus céramologique de la ville sur la longue durée.

En complément des fouilles, les travaux épigraphiques et architecturaux de Cl. Traunecker au Netjery-chemâ ont permis de mieux comprendre le déroulement de rituels coptites d'époque hellénistique et romaine. L'étude du temple d'el-Qal'a (Pantalacci & Traunecker, 1982-2000), petit monument périphérique construit vers la fin du 1er s. av. n.è. à 1,5 km au nord de Coptos, a aussi enrichi la connaissance des pratiques cultuelles de cette époque.

En 2000, le musée des Beaux-Arts de Lyon, qui abrite aujourd'hui la collection d’objets rapportés de Coptos par Reinach, organisait une grande exposition et un colloque international qui ont permis de faire la somme des connaissances sur le site.

Dès 2002, la mission archéologique française de Coptos, sous l’égide de l’université Lumière-Lyon 2 et de l’équipe HiSoMA-UMR 5189, a repris l’exploration du site, avec le concours du Musée des Beaux-Arts de la ville de Lyon, de l’université Marc-Bloch Strasbourg 2 et de l’ENSAIS de Strasbourg pour les premières campagnes. Depuis 2007, le projet fait partie des opérations archéologiques de l'Ifao du Caire.

 

Bibliographie succinte
  • W.M. Flinders Petrie, Koptos. With a chapter (the classical inscriptions) by D.G. Hogarth, Londres, 1896.  Disponible en ligne sur la bibliothèque numérique de l'Université d'Heidelberg [URL].
  • R. Weill, «Koptos. Relation sommaire des travaux exécutés par MM. A. Reinach et R. Weill pour la Société française des Fouilles Archéologiques (campagne de 1910)», ASAE 11, 1911, p. 97-141. Disponible en ligne sur le site de la MOM [URL].
  • R. Weill, Ad. Reinach, «Parthénios fils de Paminis, ‘Prostatès’ d’Isis à Koptos», ASAE 12, 1912, p. 1-24. Disponible en ligne sur le site de la MOM [URL].
  • A. Reinach, Rapports sur les fouilles de Koptos (Janvier-Février 1910) : adressés à la Société française des fouilles archéologiques et extraits de son Bulletin, augmentés de huit planches et d'un plan,  Paris, E. Leroux, 1910. Disponible en ligne sur Gallica [URL].
  • A. Reinach, «Rapport sur les fouilles de Koptos. Deuxième campagne, janvier-février 1911», Bull.de la Soc. Fçse des Fouilles archéologiques 3, 1912, p. 47-81.
  • A. Reinach, Catalogue des Antiquités Egyptiennes recueillies dans les fouilles de Koptos en 1910 et 1911 exposées au musée Guimet de Lyon, Châlon-sur-Saône, 1913. Disponible en ligne sur Gallica [URL].
  • Cl. Traunecker, Coptos, hommes et dieux sur le parvis de Geb, OLA 43, 1992. Extraits en ligne sur Google Books [URL].
  • Et. Bernand, «Recherches muséographiques à propos des inscriptions de Koptos», ZPE 62 (1986), p. 221-236. Disponible en ligne sur JSTOR [URL].
  • M. Gabolde, G. Galliano (éd.), Coptos. L’Égypte antique aux portes du désert, Paris, 2000.
  • M.-Fr. Boussac, M. Gabolde, G. Galliano (éds.), Autour de Coptos, Actes du colloque organisé au Musée des Beaux-Arts de Lyon, 17-18 mars 2000, Topoi Supplement 3, Lyon, 2002. Disponible en ligne sur Persée [URL].
  • S.C. Herbert, A. Berlin, Excavations at Koptos (Qift) in Upper Egypt, 1987-1992, JRA Supplement 53, 2003.
  • Rapport annuel du BIFAO depuis 2007. Disponible en ligne sur le site de l'IFAO [URL].
  • Page du site régulièrement mise à jour à l'Ifao [https://www.ifao.egnet.net/recherche/archeologie/coptos/].
  • L. Pantalacci, Coptos. In Willeke Wendrich (ed), UCLA Encyclopedia of Egyptology, Los Angeles, 2012. Publication en ligne sur UCLA [URL].
  • L. Pantalacci, C. Gobeil, «Coptos: The Sacred Precincts in Ptolemaic and Roman Times», Egyptian Archaeology 49 (Autumn 2016), p. 4-9. Disponible en ligne sur le site de l'EES [URL].
  • L. Pantalacci, «Coptos, porte du désert Oriental». In : Le désert oriental d'Égypte durant la période gréco-romaine : bilans archéologiques, Paris, Collège de France, 2018. Publication en ligne sur Openedition [URL].

 

[1] C. Sicard, Oeuvres.  I. Lettres et relations inédites, Bd'E 83, Le Caire, 1982, p. 62 (lettre du 21 août 1718).

[2] BIE 2e série, n°6, 1885, p. 68-69.

[3] Sur les travaux de la mission, voir les sites de la MOM et de l'IFAO.

[4] Voir par exemple Bernand, 1986 ou Traunecker 1982.